Il est 16h20, l’heure approche, dans quelques minutes c’est la fin des classes. Nous sommes jeudi. Et comme tous les jeudis, je sais  que c’est le papa de Roby qui l’attendra à la sortie de l’école. Ils ont une tradition tous les deux, je sais que c’est leur secret.

16h25, j’en connais un qui s’impatiente déjà. Il doit avoir la jambe qui sautille et déjà le regard vers le grand portail entrain d’être ouvert par le gardien. « Roby !  » l’interpelle la maîtresse, « reste avec moi, encore quelques minutes s’il te plait, nous n’avons pas fini ». Aussitôt la fin de la phrase prononcée, la cloche se fait entendre, pas le temps de répondre, Roby affiche un large sourire, se lève de son bureau, range sa chaise, et se précipite vers les portes manteaux rangés en file indienne dans le couloir.  » A demain maîtresse, prend-t-il le temps de lancer tout de même ».

16h30, une vague d’enfant déferle sur le parvis de l’école, les parents sont bien installés comme pour réceptionner chacun de leurs petits monstres. Le papa de Roby est là, debout, il range son téléphone dans sa poche, et s’accroupit voyant arriver en courant son fils. « Comment ça va mon grand? » Lui demande-t-il en lui faisant un bisous sur la joue. « On y va papa ?  » Lui demande Roby sans même lui répondre. Son père le reposa par terre, et lui répondit  » bien sur fiston, une tradition est une tradition … »

Main dans la main, ils prennent ensemble le chemin du parc à l’angle de la rue, et Roby se mit à raconter toute sa journée. Les jeux qu’il a fait pendant la récréation ce matin là, les félicitations de la maîtresse quand il réussit à appeler les mots demandés sans se tromper, ce qu’il avait mangé à la cantine ce midi, et même le joli dessin que lui avait donné sa voisine de classe… personne n’aurait pu arrêter ce moulin à parole .. Sauf …

Je les endentais s’approcher de moi. Comme tous les jeudis, je savais ce qui allait se passer et j’étais très content. « on y est papa, c’est là ! » s’écria Roby . « Bonjour Madame » entendis-je lorsque le petit garçon s’approcha de la boutique. « Bonjour Roby, comment tu vas ? As-tu bien travaillé aujourd’hui? » Lui répondit la jeune femme. Elle avait l’habitude de voir ces deux là tous les jeudis, elle savait même ce que Roby allait lui demander et s’était déjà approchée de moi. « Oui j’ai eu un bon point aujourd’hui en lecture, et Lisa m’a fait un joli dessin, je crois qu’elle est amoureuse de moi » Lui réponds le jeune garçon l’œil plein de malice. « Tu en as de la chance, mon grand. Dit moi, que veux tu que je te serves aujourd’hui? on change un peu ? » Mais elle savait déjà en posant la question ce que Roby allait répliquer. En secouant la tête il lui répond  » non je veux ma préféré ! Tocona-Vanille ! » et j’entends aussitôt son père le reprendre « Je voudrais… » Roby leva la tête vers son père et repris « Je voudrais une glace Tocona-Vanille, s’il vous plait ». Aussitôt demandé, la jeune femme prit un cornet, et se dirigea vers moi. D’un geste délicat elle forme une grosse boule de glace au chocolat, et une grosse boule de glace à la vanille qu’elle s’empressa de donner au petit garçon. Je savais que j’allais faire un heureux. « Merci » prend le temps de répondre Roby avant de dévorer sa glace secrète du jeudi. Je lèche, je tourne, je lèche je tourne. C’est comme ça que son grand-père lui avait appris à manger une glace. Il prenait un malin plaisir mettre en pratique cette leçon là. Et moi, malgrès tous les efforts du garçonnet pour rester propre, j’étais heureux, j’étais entrain de prendre place, …

Je serais un mélange de Chocolat-Vanille…

… Si j’étais une moustache.